Épilogue

ÉPILOGUE

Parfois, la vie est douloureuse lorsque elle nous arrache ceux que nous aimons. Nous ne savons pas comment vivre sans eux, nos âmes sont déchirées et blessées.
Parfois, la vie nous semble injuste lorsque elle récompense ceux que nous estimons ne pas mériter. Or, qui sommes-nous pour en décider?
Parfois, les circonstances nous brisent, elles nous fragilisent. Cependant, lorsque nos cœurs sont disposés, c’est le contraire qui se produit: nous nous découvrons une force, un courage, des capacités insoupçonnés.
De même, la vie nous réserve souvent de belles surprises. Il suffit juste de regarder au bon moment et au bon endroit. Il suffit simplement d’être reconnaissant pour toutes ces petites choses insignifiantes comme respirer, voir la lumière, admirer l’océan, regarder s’envoler un pissenlit, entendre les oiseaux chanter… et de les considérer comme des cadeaux.
Il arrive aussi que la vie nous ramène à la raison et nous rende ce que nous croyions perdu pour toujours.
Ainsi, la vie est ponctuée de parfois, rythmée de ratés et d’échecs pour nous amener à de belles réussites et de grandes victoires. L’important, ce n’est pas le nombre de fois où nous tombons, mais bien le nombre de fois où nous nous relevons, car tant que nous sommes vivants, tant que le souffle demeure en nous, il n’est jamais trop tard…

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chapitre 33

33. AIMER À L’INFINI

Après ma nuit blanche, j’ai tenté de gommer les traces de fatigue sur mon visage. Un anti-cernes et du fond de teint feraient l’affaire. J’allais revoir mon aimé, aussi je devais être à la hauteur de nos retrouvailles.
Devant ma penderie, j’ai enfilé mes vêtements les uns après les autres, avant de les jeter sur le lit.
«Je n’ai rien à me mettre. Rien ne va!»
J’ai finalement choisi un haut noir très féminin qui mettait en valeur mes épaules fines et un jean slim, des escarpins et des bijoux fantaisie complétaient ma tenue. «Simple mais efficace» me suis-je dit, enfin satisfaite de mon apparence.
En arrivant sur mon lieu de travail en avance, j’ai été surprise de le trouver sur le pas de la porte, avec des croissants et du café.

— Je me doutais que tu faisais l’ouverture, a-t-il avoué.
— Tu tombes à pic, je n’ai pas eu le temps de prendre mon petit déjeuner. Ton café me fera le plus grand bien.
— Une nuit agitée, mademoiselle Mussard? m’a-t-il demandé, les yeux dans les yeux.

À l’évocation de mon nom, les souvenirs ont afflué dans mon esprit. J’ai été projetée dans sa classe, assise à côté de Julie. Tout était si compliqué et si simple à la fois. J’étais ado, amoureuse et innocente.

J’ai ouvert la porte et désactivé l’alarme avant de nous installer dans mon endroit préféré.

— Oui, en quelque sorte. On se met là? ai-je proposé.

Mickaël était bien habillé comme à son habitude. Ses yeux bleus semblaient percer mon âme et j’ai baissé les yeux, ne pouvant soutenir son regard. Il fallait que je lui parle avant qu’il ne soit trop tard. J’ai avalé d’une traite mon gobelet de café, puis je me suis lancée:

— J’ai vraiment tout gâché. Tu es le seul homme qui m’ait véritablement aimée. Tu n’as jamais cherché à profiter de moi, de ma jeunesse, ni de mon corps.
— Camille…
— Non, laisse-moi finir avant que je n’aie plus le courage de te parler.
— Ok, a-t-il acquiescé, sans me lâcher des yeux.
— La dernière fois où l’on s’est vu, je me suis offerte à toi. Tu avais déjà mon coeur, je voulais que tu aies aussi mon corps. Comme tu le sais, je n’avais encore jamais connu d’homme mais je désirais que tu sois le premier, le seul et le dernier. Quand tu m’as dit NON, j’ai perçu cela comme un rejet. J’en avais tellement marre qu’on me dise quoi faire et quand le faire, que je n’ai pas supporté que tu me demandes d’attendre encore. Je ne voulais pas entendre tes arguments. Pour moi, c’était stupide. J’étais mal dans ma peau, tu étais ma bouée de sauvetage, mon ancre, mon repère. En me repoussant, c’était comme si tu m’arrachais tout ça, je me suis sentie sombrer. Alors, pour me venger de toi, j’ai gaspillé mon trésor. J’ai couché avec plein de mecs, des inconnus, me croyant maîtresse de mon destin et de mes sentiments. En faisant cela, j’espérais surtout recevoir de l’affection en retour, enfin jusqu’à ce que je réalise que les hommes ne m’en donnaient que pour m’attirer dans leur lit.
Le seul qui m’ait réellement désirée pour celle que j’étais, c’est toi. Toi, tu m’as respectée en sachant que je n’étais pas prête. Moi, j’ai tout bousillé. Si je pouvais revenir en arrière… Mais c’est trop tard.
— Camille…
— Je suis désolée. Je regrette.

Voilà que je pleurais comme une madeleine, je n’arrivais pas à retenir mes larmes. Je pleurais mon passé et mes erreurs. Mon mascara, pas waterproof, coulait et j’essuyais mes yeux noircis avec un mouchoir en papier. «Pas très glamour» ai-je pensé.
Tendrement, il m’as prise dans ses bras et je me suis blottie contre lui. Mickaël a appuyé sa tête contre la mienne et a passé sa main dans mes cheveux. C’était si bon de se sentir aimée pour ce qu’on est.
Notre étreinte a subitement été interrompue, lorsque Mme Gonthier est entrée. Avant qu’elle ne soit trop proche, Mickaël a chuchoté:

— Ce soir, retrouve-moi au Copacabana à 19h, tu connais l’endroit?
— Oui, ai-je murmuré.
— On pourra discuter tranquillement.
— Hâte d’y être.

Il a rejoint la patronne pour discuter un peu avant que les autres auteurs n’arrivent.

La journée m’a paru interminable. La librairie ne désemplissait pas et la file de clients était toujours aussi longue. Même s’il n’a mangé que sur le pouce, Mickaël affichait malgré tout un sourire ravageur et mes yeux n’ont pu se résoudre à le quitter. «La vie m’offre une seconde chance et je ne vais pas la laisser filer» me suis-je déclarée.

La librairie fermée, j’ai filé chez moi pour me préparer. Comme il faisait chaud, j’ai opté pour une robe en lin et chaussé des sandales à strass. Dans la voiture, je n’ai pu m’empêcher de vérifier mon maquillage dans le rétroviseur. «Ni trop voyant ni trop discret, le parfait équilibre.»
Avant de prendre la route, j’ai mis de la musique pour calmer mes nerfs et c’est rapidement que je suis arrivée au lieu du rendez-vous.
Le restaurant offrait une vue sur le lagon dans un cadre tout à fait exceptionnel. Mickaël m’attendait déjà. Nous nous sommes assis les pieds dans le sable, à écouter le bruit des vagues, c’était paisible et romantique.

— Tu es magnifique, a-t-il murmuré.
— Tu n’es pas mal non plus, l’ai-je taquiné.

Mickaël a commandé un Mojito, j’ai pris un verre de Bailey’s.
«Nous sommes prêts, ai-je pensé. Nous pouvons nous dire les choses sans danger et vivre notre amour sans braver les interdits.»

— Tu vis toujours à l’étranger? ai-je demandé avec curiosité.
— Non. À vrai dire, je suis en plein emménagement.
— Où donc, si ce n’est pas indiscret?
— J’emménage à Saint-Paul.
— Je suis ravie de l’apprendre, ai-je dit rassurée.
— L’université de Saint-Denis et certains lycées me proposent d’intervenir en ateliers d’écriture pour enseigner aux élèves l’art d’écrire.
— C’est génial! Tu as vraiment du talent, me suis-je écriée.
— Merci. C’est que j’ai trouvé ma muse.

Je n’ai pu me retenir de rougir. Il a bu une gorgée de son cocktail et déposé son verre.

— Tu as écrit autre chose?
— Le recueil, en réalité, rassemble les poèmes que j’avais intégrés à mon premier roman, le livre qui a fait décoller ma carrière d’auteur.
— Ah oui, lequel? ai-je demandé avec surprise.
— « Aimer en secret ».

Devant mon silence, il a rigolé.

— Camille, c’est pour nous que je suis revenu. J’avais besoin de savoir si nous pouvions enfin vivre notre histoire.
— Et t’as reçu ta réponse?
— Oui et je suis heureux.
— Car nous regardons dans la même direction…
— Exactement, a-t-il conclu en me prenant la main.

Mickaël s’est approché de moi, il a pris mon visage entre ses mains et m’a embrassée.

— Vous avez choisi? a questionné le serveur, sans pour autant briser le charme de l’instant.
— Oui. Pour moi, ça sera une cassolette avec crevettes et coquilles Saint-Jacques.
— Je prendrai un magret de canard et sauce au poivre, a ajouté mon amoureux.
— Ce sera tout?
— Pour le moment oui.

Comme deux jeunes amants, nous avons passé la soirée à nous embrasser. Nous avons partagé nos plats comme un vieux couple et discuté comme deux vrais amis.

Le repas terminé, nous avons marché main dans la main sur le sable, les pieds dans l’eau. Puis fatigués, nous nous sommes assis pour contempler les étoiles et nous nous sommes assoupis sur le sable fin.
Lorsqu’au petit matin, les doux rayons de soleil m’ont réveillée, ses bras m’enlaçaient toujours.

— Micka, réveille-toi, ai-je fait en lui touchant l’épaule.
— Mmm…
— Nous avons dormi sur la plage.
— Nous rattrapons le temps perdu, a-t-il dit. Et si nous allions prendre un petit déjeuner? Je meurs de faim!
— Avec plaisir!

Mon ventre gargouillait. J’ai passé les doigts dans mes cheveux pour les recoiffer et je me suis étirée. Je n’avais pas honte de me montrer à lui dans cet état. Je me sentais sécurité, sans être sur mon 31.
En le regardant qui se relevait, je n’ai pu m’empêcher de comparer. Avec mes anciens boyfriends, nous ne prenions jamais le temps de discuter, ils étaient bien trop pressés de consommer et moi bien trop brisée pour leur ouvrir mon coeur. Avec Mickaël, tout était différent. Bien que les années nous aient séparés, nous n’étions pas dans l’urgence. Notre désir l’un de l’autre n’était pas immature et irréfléchi, mais il était authentique. Les yeux fermés, je pouvais m’abandonner entre ses mains. Je lui accordais toute ma confiance, convaincue qu’il n’en profiterait pas. Il me l’avait déjà prouvé.

— Micka, ai-je dit en lui prenant la main, merci de me respecter. Tu sais, ces hommes que j’ai fréquentés n’auraient jamais hésité à tenter quelque chose la nuit dernière et je me serai probablement jetée dans leurs bras anyway [de toute façon]. Tu es le seul que j’aie jamais vraiment aimé et désiré.
— Merci de me confier tout cela. Je t’aime Camille et c’est pour cette raison que je veux te respecter.
— Tu es incroyable!
— Ma princesse, tu mérites que notre première fois soit unique, romantique et inoubliable, parce que c’est tout ce que tu es.
— Je t’adore, ai-je fait en me blottissant contre lui, les yeux rivés sur la mer.

Là, à l’abri de ses bras, j’ai compris que nos vies s’étaient retrouvées et que nos cœurs amoureux pouvaient désormais se lier et construire sur cette base de pardon et de sincérité.
Un nouveau chapitre de ma vie s’écrivait.

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Chapitre 32

32. DÉDICACES

La librairie était bondée. Les trois nouveaux écrivains que nous recevions cette semaine avaient d’abord réussi à se faire remarquer et connaître sur le net. Voilà qu’ils lançaient leur première version papier. Mlle Rousseau était déjà arrivée, de même que Mme Leroy mais monsieur Duchemann se faisait attendre. Mme Gonthier avait organisé la table de café et l’ambiance commençait à monter.
Dehors, des chaises avaient été installées pour ceux qui faisaient la queue. C’était une expérience magique. Les auteurs assis à leur table signaient leurs premiers autographes.

— Camille, m’a interpellée ma patronne, monsieur Duchemann va avoir quelques minutes de retard. Il est coincé dans les embouteillages, il semble qu’il y ait eu un accident sur la route des Tamarins. Peux-tu lui préparer son café, s’il te plaît?
— Oui, tout de suite, ai-je bredouillé.
— Merci.

Les mains tremblantes, j’ai déposé le café bouillant sur la table destinée à « mon » Mickaël. J’ai eu envie de me cacher pour épier son arrivée. J’imaginais sa surprise de me voir travailler ici. Aussi, j’ai été soulagée lorsque Mme Gonthier m’a chargée de gérer la foule à l’entrée du magasin. Cela m’a occupé l’esprit, tout en me permettant de le voir entrer discrètement par la porte de derrière. Quand il s’est présenté en jean et chemise blanche à longues manches, son élégance m’a laissée sans voix. Avec grâce, il s’est présenté aux autres auteurs puis il s’est mis au travail. Ses fans n’ont pas hésité à se prendre en photo avec lui. De là où j’étais, je pouvais l’admirer en toute discrétion. Il ne s’était pas encore aperçu de ma présence et je m’en amusais.
Mickaël semblait concentré sur ce qu’il écrivait en dédicace à ses lecteurs. Contrairement à ces collègues, il prenait le temps de personnaliser son message, ce qui reflétait bien sa sensibilité. Les gens défilaient au fur et à mesure et les livres se vendaient comme des petits pains. Un vrai succès!
Aussi lorsque 13h00 a sonné à l’horloge, Mme Gonthier a annoncé que nous fermions pendant une heure, le temps pour les auteurs de déjeuner. Monsieur Duchemann a alors disparu pour mon plus grand regret.

— Camille, veux-tu bien aller récupérer la commande au restaurant, s’il te plaît? m’a ordonné ma
patronne.
— Bien sûr!
— Tu déjeuneras avec nous, nous aurons bien mérité cette pause.
— C’est clair!

La traversée de la rue m’a paru prendre une éternité et lorsque le serveur ne s’est pas pressé pour me remettre mes paquets, j’ai perdu patience. L’amour de ma vie m’attendait et celui-là prenait tout son temps! Dès que la commande fut réglée, je suis vite retournée à la librairie. Je me suis engouffrée à l’intérieur et je l’ai vu qui discutait avec Marguerite Rousseau. Il n’a remarqué ma présence que lorsque je me suis assise à table.

— Quelle belle surprise! s’est-il exclamé.
— Bonjour Mickaël, l’ai-je salué en souriant.

Mais la romancière n’a visiblement pas apprécié d’être interrompue et a repris la conversation de plus belle. Il a continué de lui parler en hochant de la tête pour montrer qu’il l’écoutait, mais de temps en temps, il regardait dans ma direction. Plus d’une fois, nos regards se sont croisés, le mien était empli
d’inquiétude et de peur, le sien était indéchiffrable. Enfin, elle l’a lâché et il m’a aussitôt rejointe à table pour me poser quelques questions:

— Tu n’es donc plus au Tampon?
— Non, je me suis installée ici depuis un mois environ et je m’y sens beaucoup mieux.

Entre deux bouchées et quelques paroles volées par Marguerite, il a encore tenté de discuter.

— Je suis content de voir que tu vas bien, m’a-t-il dit sincèrement.
— Merci. Je suis contente de te revoir.

Notre échange est resté simple et court, car déjà les fans attendaient dehors et la séance de dédicace a repris son cours. Mais cette fois, Mickaël n’ignorait pas que j’étais là.
À la fin de la journée, madame Gonthier m’a chargée de fermer la librairie. C’est en parfait guide qu’elle a accompagné les écrivains à leur hôtel.
Seule dans la boutique, j’ai parcouru la pièce des yeux. Dire qu’il y a quelques minutes encore, il se tenait juste là… J’avais tant de choses à lui dire, tant de questions dans ma tête. Tout ce temps sans lui n’a fait que renforcer les sentiments que j’avais à son égard. Je m’étais moi-même punie et j’avais été séparée de celui que j’ai toujours aimé.

La cloche de la porte a retenti.

— Camille? a appelé sa voix.
— Je suis là, ai-je répondu en me recoiffant vite fait.
— Je t’ai dédicacé mon livre, m’a dit Mickaël en me tendant son recueil. Je ne peux pas rester, j’suis pressé mais je te souhaite une bonne soirée.
— Merci. À demain, ai-je dit, toute remuée.

Enfermée maintenant dans la librairie, après avoir compté la caisse et nettoyé le sol, je me suis affalée sur une chaise pour enfin lire sa dédicace: «J’ai toujours su que nos routes se croiseraient à nouveau, j’espère seulement que nous regarderons cette fois dans la même direction. En attendant de pouvoir te parler…»

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Chapitres 31

31. POÉSIE

«La vie te donne ce que tu attends d’elle.» John Maxwell

Le mois de février pointait le bout de son nez et ce matin-là, la bonne humeur était au rendez-vous.
Alors que je commençais ma journée, j’ai mis en pratique le conseil de mamie: être reconnaissante pour les petites choses de la vie et m’attendre à quelque chose de bon.
Levée à 5h30 pour courir sur la plage de la Saline-les-Bains et réfléchir au son des vagues, j’ai ensuite pris un bon petit déjeuner: des croissants chauds, des fruits frais et un cappuccino. Après une bonne douche et malgré la lourde chaleur, j’ai pris plaisir à m’habiller, enfilant ma jolie robe d’été et mes nu-pieds.
Quand je suis arrivée à la librairie, Mme Gonthier, ma patronne, m’a d’abord remerciée pour mon excellent travail. D’après elle, les clients étaient très satisfaits de mon accueil et de mes conseils en matière de lecture. «Décidément, cette journée sera merveilleuse.»

— Camille, tu rangeras les nouveautés que voici et tu feras une jolie vitrine pour ces livres-là en y
apposant l’affiche. Je voudrais également que tu contactes nos clients fidèles par email et par sms pour les prévenir que toute la semaine prochaine, nous recevrons ces auteurs-là en dédicace.
— D’accord, madame.
— Bonne journée à toi!
— Merci, à vous aussi.

À 70 ans, madame Gonthier était pleine de vie et encore très active. Elle avait les cheveux blonds, des yeux noisette transperçants, un caractère bien trempé. Elle avait fondé cette librairie avec son mari André qui partageait sa passion pour les livres et depuis que ce dernier était décédé, elle ne vivait que pour ses enfants et sa librairie.
La musique de Chopin emplissait la boutique. J’ai poussé les cartons vers la caisse pour vérifier les prix sur le bon de livraison et sur l’ordinateur, avant de mettre les nouveaux livres en rayon. Avec intérêt et amusement, j’ai jeté un œil à leur couverture: « Rayonnante » de Marguerite Rousseau; « Le long de tes joues » de Simone Leroy et –surprise!– « Aimer à regrets » de Mickaël Duchemann. Je ne pouvais le croire. « Mon » Mickaël avait publié un recueil de poésie et il serait dans notre librairie pendant une
semaine! Voilà que je ne tenais plus sur place. Mes mains sont soudain devenues toutes moites et les battements de mon coeur se sont accélérés. Piquée par la curiosité, j’ai commencé à le lire.
Sur la cinquième page, cette dédicace: «Parfois le bonheur semble si lointain, parfois l’amour semble s’éloigner, mais c’est l’espoir qui nous garde vivants. Cette lueur dans nos cœurs berce nos rêves et nous aide à regarder tout là-haut. J’ai trouvé le bonheur même dans mes plus sombres heures. J’ai trouvé l’amour un jour, je te le souhaite pour toujours.»
J’étais impatiente de découvrir ses poèmes.

Première rencontre

La première fois où je l’ai vue,
Elle était nouvelle au bahut.
Elle avait l’air totalement perdue
Dans ce lieu encore inconnu.
Dans ses yeux, j’ai lu sa douleur
Dans sa voix, j’ai ouï sa rancoeur.
Son apparente noirceur
Dissimulait sa candeur.
Mais fatigué, blessé, agacé
Je n’ai cherché qu’à l’inculper
À cause de son retard déplacé
Et de questions je l’ai mitraillée.
Elle ne s’est pas laissé démonter
Mais dans son monde s’est réfugiée.
De tout elle paraissait se méfier
Petite fleur fragile qu’elle était.
Son attitude m’a bouleversé
Ses beaux yeux verts m’ont captivé.
Derrière sa peur j’ai deviné
Une grande force insoupçonnée.
Pour mission je me suis donc donné
De révéler ses trésors cachés
Pour que jamais sa flamme ne s’éteigne
Sous le souffle violent de la haine.

Sentiments refoulés

Les vives couleurs de l’amour
Peuvent changer jour après jour
Et se teinter autrement.
La nuit, elles nous font rêver
Le jour, elles nous font douter.
Les sentiments: inconstants.
La bonté, les attentions,
Puis les doutes et les soupçons,
La jalousie, les soucis
Gouvernent si souvent ma vie.
Je commence à trop l’aimer
Mais refuse la vérité.
Mon coeur fragile est pris au piège.
Que Dieu me garde et me protège!

Principes

Jamais je n’aurais osé
Lui dire toute la vérité
Lui refuser le dernier mot
Et prendre ses lèvres d’assaut.
Pourtant
Il m’aurait été facile
De voler son âme fragile
Et ravir son innocence
Sans même user de patience.
Mais moi j’ai des principes
Des scrupules, une éthique
Qui régissent ma vie.
Je ne veux m’en détourner
Pour me perdre à jamais
Dans les méandres du monde
Et ses désirs immondes.
Par amour j’attendrai
Qu’enfin nous soyons prêts
À marcher à l’unisson
Dans la même direction.

Baiser volé

Un beau matin ensoleillé
Chez mes parents, je bricolais.
Elle était là mon adorée,
Qui m’attendait pour me parler.
À notre relation je pensais.
Une grande complicité on partageait.
On rigolait souvent, on s’appréciait,
Malgré moi, en secret, on s’aimait.
Toujours je me souviendrai,
Du jour où elle m’a avoué,
Sans hésiter une seule fois,
Ce qu’elle ressentait pour moi.
Dans ses beaux yeux je me suis plongé,
Et me suis perdu non sans regrets.
Elle m’a volé un doux baiser
Puis je l’ai fuie sans hésiter.

Son Temps

Plus rien n’aurait dû nous séparer
Mais tu n’étais pas prête à aimer.
Toute chose est belle en Son temps
Le nôtre n’est pas encore.
Laissons notre amour qui dort
Pour qu’il dure éternellement
Et quand viendra l’heure du réveil
Il brillera tel un soleil.

Ces poèmes m’étaient destinés. Mickaël parlait de moi. Il parlait de nous. Ils ont fait renaître en moi l’espoir d’un avenir pour notre histoire…

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Les derniers chapitres

Bonjour les amis,

Je m’excuse pour mon retard, j’ai repris le travail et je n’ai pas encore trouvé le temps de publier sur le blog les chapitres. Mais ils sont disponible sur ma page Facebook « Jamais trop tard ».
Je pense pouvoir les mettre en ligne ce soir.

Merci de votre compréhension

Chapitre 30

30. AU BON VIEUX TEMPS

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— Madame bonjour, ai-je dit en parfaite vendeuse pour accueillir la cliente qui venait d’entrer.
— Bonjour mademoiselle, a répondu cette dernière assez froidement.
— En quoi puis-je vous aider?
— En rien, merci, a-t-elle fait avant de me tourner le dos.

La dame s’est tout de suite dirigée vers le rayon des romans avec une allure de femme distinguée, des vêtements de marque et une attitude méprisante. Le genre de personne qui portait attention à son physique plus que tout, comme moi je l’avais fait il y a quelques mois de cela. Restée assise près de l’entrée, je l’observais discrètement. Elle avait tout pour plaire aux hommes: féminité, charme, courbes parfaites, voix sexy, regard pénétrant. Dans la rue, elle faisait sûrment retourner plus d’un sur son passage. Je pouvais déjà imaginer la scène où elle se montrerait indifférente à leurs sourires, elle ferait sa fière. Mais était-elle heureuse? Portait-elle un masque?

Moi, j’en avais marre de faire semblant. Je n’en pouvais plus de me forcer à sourire, alors que ma seule envie était de pleurer. La fille triste était de retour. La martyre. La paumée. «Au moins, j’ai le mérite d’être vraie!» Un homme est entré dans la librairie et ma présomption s’est vérifiée. Au début, il a commencé par me faire des sourires auxquels je n’ai pas répondu. Dès qu’il a vu la cliente au loin, il est allé dans sa direction et charmé par sa beauté, il a tenté de lui parler.
«Je ne me laisserai plus avoir par ce genre de mecs. Maintenant, j’attends le bon, je serai patiente et j’agirai autrement. De toute façon, mes plaies n’ont pas encore cicatrisé.» La dame est sortie en compagnie de l’homme. Ils s’étaient bien trouvés tous les deux!

Mon travail dans la librairie AU BON VIEUX TEMPS m’a aidée à oublier mes soucis. Je me suis donnée corps et âme pour rendre vie à cette librairie-papeterie. J’aimais son allure vieillotte, ses poutres en bois et l’odeur qui s’en dégageait. Je ne me lassais pas d’entendre les pas raisonner sur le parquet massif.
Au coin, la patronne avait installé un fauteuil et une petite table d’époque pour que les clients puissent s’asseoir et lire à leur guise. Il y avait toujours de la musique classique en fond sonore. Au mur, elle avait accroché de vieux tableaux, des photos d’époque. Des objets qu’on ne retrouvait plus aujourd’hui, servaient de décoration: un antique téléphone qu’on ne voyait plus que dans les films, un gigantesque pathéphone posé sur une table en hêtre dont le plateau était recouvert de tapisserie. Un télégramme jauni par les méfaits du temps était encadré au dessus de la caisse. Cet endroit était un véritable musée que j’affectionnais.
J’adorais plonger mon nez dans ces nombreuses pages et me perdre dans les lignes et les mots infinis. Ici, on pouvait trouver des éditions limitées, des livres en anglais, des nouveautés tout comme des reliques. Il y avait un roman de Zola que je ne cessais de relire, Au bonheur des dames. Un des seuls de l’auteur qui ne fût pas noir de tristesse.
Lorsque les clients se faisaient rares, je m’installais au fond, un bon livre à la main. Celui du moment était un roman en anglais de Francine Rivers, The Redeeming Love. Alors que je le lisais, je me suis mise à pleurer. Cet homme, ce Mickaël Hosea, aimait cette prostituée Angel de façon inconditionnelle. Il l’aimait pour son cœur, il ne l’aimait pas pour son corps. Il lui offrait ce dont elle avait réellement besoin. Je me retrouvais complètement dans cette histoire. Moi aussi, j’avais eu un Mickaël, un homme qui avait été prêt à m’accepter telle que j’étais. Il avait refusé de prendre mon corps parce qu’il chérissait mon cœur. Pourquoi n’avais-je pas réalisé cela plus tôt? Si seulement j’avais l’opportunité de lui parler et de lui dire à quel point je suis désolée.
Comme avant, lorsque papa me frappait, j’ai prié. Tout comme le personnage d’Angel, j’avais usé de mon corps et j’étais brisée. Je désirais juste une autre chance. J’espérais qu’Il ne me rejetterait pas.

J’espérais qu’il ne serait pas trop tard.

Chapitre 29

29. IL FAUT SAVOIR PLEURER POUR SAVOIR GUÉRIR

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Seule assise dans ma nouvelle chambre, j’ai plongé le nez dans mes albums photos. J’étais maintenant tellement différente de celle que j’étais sur ces anciens clichés. Plus féminine, j’avais aussi l’air d’avoir plus confiance en moi mais au fond, j’étais tellement brisée. Serai-je un jour heureuse? Serai-je aimée? À la radio, un homme que j’écoutais vaguement parler a dit: «Je ne peux pas changer jusqu’à ce que je fasse face à ce que je ressens et passe par le processus de la peine jusqu’à arriver à la guérison». Cette parole a percuté mon âme. Je l’ai vite notée dans mon journal pour mieux la méditer.
Qu’est ce que je ressens? La peur Le rejet La culpabilité
La honte La haine L’amour La déception La tristesse
Pourrai-je me pardonner d’avoir mal agi pendant ces deux dernières années? Aurai-je une autre chance? Reverrai-je le seul amour de ma vie? Le seul homme pour qui j’aurais tout donné. Mickaël Duchemann. J’ai mal. Mal d’aimer. Mal d’avoir été rejetée. Mal de m’être trahie. Mal de me sentir salie. Mal de souffrir. Mal d’avoir mal.
J’ai peur. Peur d’être moi-même. Peur d’être dans le doute et le noir. Peur du passé. Peur de l’avenir. J’ai soif. Soif de vivre une vie différente. Soif de nouveauté. Soif d’être aimée. Je suis face à un changement. Je suis face à un tournant. Je suis face à mes erreurs. Face à mes peurs. Face à moi-même.
J’étais en train de pleurer, de me pleurer. Lamentable!

— Tu viens manger, ma chérie? a appelé mamie.
— Oui, j’arrive.

Sa douce voix m’a rassurée. Il était temps de déjeuner. «Laissons les pleurs pour plus tard. Remplissons mon ventre d’abord!»
Les visages de ma famille rayonnaient. Papa était heureux, Ophélie resplendissante, même papi souriait. Que du bonheur dans cette maison! L’âme noire, c’était moi. L’ombre au tableau, c’était moi. Le vilain petit canard, moi!

— Hé! s’est exclamé papa, je suis heureux de te revoir parmi nous. Tu nous as manqué. Je t’aime et je suis fier de toi, a dit mon père en s’approchant de moi.

Je n’ai pu rien répondre. Voilà que je pleurais encore. Les larmes coulaient à flots sur mon visage. J’avais du mal à étouffer mes sanglots. Ma peine semblait sortir par toutes les pores de ma peau.

— Laisse-toi aller. C’est bon de pleurer, a murmuré papa en me prenant dans ses bras.

Ophélie, mamie et papi se sont joints à lui.Entourée ainsi par ma famille, j’ai laissé leur amour m’envelopper et me réchauffer telle une épaisse couverture en plein hiver. «Plop, plop, plop» faisaient les larmes qui roulaient sur mon visage pour s’écraser sur le rebord de la table. Du revers de la main, j’ai essuyé mes yeux et tenté un sourire pour leur montrer que j’irai mieux à leur côté. «On ne peut jamais s’en sortir seul» ai-je alors pensé

— J’ai faim, ai-je déclaré en rigolant malgré moi.
— cela tombe très bien, j’ai fait du rôti de porc aux pommes de terre.
— Miam miam! Merci mamie, ai-je dit, contente de me mettre enfin quelque chose sous la dent.
— De quoi oublier tes soucis, a ajouté papi.

Rien de tel que la famille pour me redonner le sourire et calmer la tempête qui faisait rage dans mon âme.

chapitre 28

28. LOIN DES YEUX, LOIN DU CŒUR

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2010

Sur le sol de la chambre jonchaient une bouteille de champagne, nos vêtements de la veille et nos smartphones. À mes côtés, mon amant était endormi comme un bébé. Enfouie sous le drap, je lui faisais face, je ne bougeais pas. Il était 13h00 et dehors, il faisait sûrement chaud. N’étais-je pas bien dans mon lit?

— Bonjour, m’ a-t-il saluée de sa voix rauque.
— Bonjour. Tu as bien dormi, dis donc!
— Après cette nuit de folie, j’étais épuisé, a-t-il admis.

Cela faisait un mois que Kévin et moi étions ensemble. Un mois durant lequel j’avais repoussé toutes les limites que je mettais fixées dans le passé.
Pendant des mois, je n’avais fait qu’attendre Mickaël et le pleurer. Qu’était-il advenu de lui? Je n’en savais trop rien. Julie, qui travaillait comme surveillante au lycée, avait appris que monsieur Duchemann avait démissionné et qu’il serait allé vivre à l’étranger. «Cette fois, avais-je alors pensé, il a bel et bien tourné la page. Je pourrai donc en faire de même.»

En décembre, à l’aube de la nouvelle année, j’avais pris de nouvelles résolutions: un nouveau petit ami, une vie différente. J’étais pour la première fois en couple et je n’en avais pas l’habitude. Était-ce comme cela que ça se faisait ? Je n’en avais pas la moindre idée. Nous nous voyions les samedis soirs et quelquefois le dimanche, Kévin dormait alors à mon studio. Je ne suis jamais allée chez lui et ça m’arrangeait bien comme ça. Nous n’étions pas du genre à nous appeler cent cinquante fois dans la journée, quelques sms de temps en temps. Nous ne sortions pas au restaurant, nous fréquentions surtout ses amis à lui. Notre relation n’avait rien de romantique et cela ne me ressemblait pas, moi qui, il n’y avait pas si longtemps, étais si «fleur bleue». Mais Kévin était là pour moi et j’aimais être dans ses bras. C’est ce qui m’importait pour l’instant. Il ne me disait pas «Je t’aime», je ne le lui disais pas non plus, tout semblait aller pour le mieux. Je n’étais pas seule, je n’étais pas rejetée, c’est tout ce dont j’avais besoin.
Cependant, au fil des mois, mes rêves de princesse sont revenus hanter mon cœur. J’ai eu envie de romantisme, d’entendre des mots d’amour et de recevoir un peu d’attention. Bizarrement, lorsque j’ai désiré plus avec Kévin, il m’en a donné moins: il n’était pas prêt à s’investir dans une relation à long terme. Bientôt, j’ai appris qu’il m’a trompée à plusieurs reprises pendant son voyage en Ukraine et en Russie.

— C’est pour le sexe facile et la prostitution qu’il est parti là-bas, tu sais. Pas pour visiter le pays, m’a prévenue Julie.
— Tu vois le mal partout! lui ai-je répondu.
— Et toi tu fais trop confiance! Tu es si naïve.

Mon amie avait visé juste, Kévin n’a pas eu l’audace de me mentir lorsque je l’ai confronté et sans le moindre remords, il m’a avoué son infidélité, se justifiant par le fait que nous n’étions pas mariés, qu’il ne m’avait rien promis. Une nouvelle fois, j’étais trahie, mes sentiments méprisés.
C’est sans surprise que j’ai raté cette première année à l’université, mais je m’en fichais royalement. Ce que je cherchais, c’était de l’attention, un peu d’amour. J’ai cru qu’en me donnant aux hommes ils resteraient avec moi et combleraient ce vide qui ne faisait que croître en moi. J’ai enchaîné les soirées en boîte de nuit, me réveillant souvent le matin dans la voiture ou le lit de parfaits inconnus. «Je m’éclate au moins. Je ne me prends plus la tête» ai-je confié à mon amie. Qui essayais-je de convaincre?
Les gens pensaient que j’avais confiance en moi, mais derrière cette apparente assurance, se cachaient mon cœur brisé et la peur de me retrouver seule, abandonnée. Après tout, ma mère l’avait fait, tout comme mon père à une époque, puis Mickaël et enfin Kévin. Sur ma page Facebook, je mettais en statut: «Je vis ma vie. Je l’apprécie» ou «Cherche un mec pour la soirée!». Je publiais également des photos indécentes de moi dans mon plus beau soutif en dentelle rouge ou posant avec Julie et des chippendales, dans des albums aux noms sans équivoque: Soirées allumées/ MOI comme jamais vu…
Je voulais que Mickaël ou Kévin tombent sur ces photos et voient que je n’avais plus besoin d’eux, que j’avais tourné la page, que désormais j’étais une femme libre. Mon désir de vengeance était comme une drogue, quelque chose de plus fort que moi qui me poussait à dépasser toutes les limites. J’avais solidement ancré cette croyance que je n’avais que mon corps pour me faire accepter. On me trouvait belle et j’en abusais. Je choisissais –consciemment ou inconsciemment– des hommes diamétralement opposés à Mickaël, bien qu’ils ne m’offrissent pas ce dont j’avais besoin. J’avais beau me donner à eux de toutes les façons possibles et accepter les actes sexuels qu’ils désiraient, même si ça me répugnait, les blessures de mon âme ne semblaient pas se refermer. Pire, elles s’aggravaient, laissant des marques indélébiles.

2011

Dans mon journal intime, j’ai écrit ces quelques lignes: Je suis devenue ce que je ne suis pas. Je me dégoûte à faire des choses que je ne veux pas. Je me suis créé une image de moi que je n’aime pas. Cette réputation est devenue ma seconde peau, un déguisement dont je ne me défais pas. J’ai l’impression parfois que, là où elle est, maman me voit, qu’elle est déçue et me pleure, je ne le supporte pas.
Tout était arrivé si vite! Au départ, j’avais simplement voulu me venger, faire payer à Mickaël de m’avoir rejetée. J’avais pensé qu’il aurait compris le message et me serait revenu. Puis je m’étais persuadée que j’allais l’oublier. Mais le piège s’était refermé sur moi. Me voilà maintenant coincée dans ce double moi.
J’avais honte de retourner dans ma famille et d’affronter leurs regards, surtout celui de ma petite sœur. J’étais son modèle. Je ne voulais pas qu’elle me voie comme ça. Heureusement que papa avait changé. Il était de nouveau un bon père avec elle, pour moi c’était un peu tard mais pour elle, c’était vital!
«Puis-je changer le cours des choses? Puis-je réécrire mon destin? Puis-je revenir en arrière, juste là où tout était bien?»

Juillet

Le seul homme qui ne m’ait jamais bien traitée, je l’ai laissé filé. J’étais trop remplie de haine pour m’en rendre compte. Aujourd’hui il était loin de moi, loin de mon cœur, je ne pouvais que l’aimer à regrets. Aimer à en pleurer et peut-être aimer à en crever!
Un soir, papa m’a appelée et j’ai osé lui demander:
— Papa, tu veux toujours de moi? Je voudrais rentrer à la maison et passer du temps avec vous.
— Quelle question! Bien sûr, ma chérie. Tu reviens quand?
— La semaine prochaine si tu es d’accord. Mais je ne t’embêterais pas. Je vais me chercher un petit boulot.
— Justement, il y a la libraire du coin qui cherche une vendeuse. Avec tes études, je suis sûre qu’elle serait ravie de te prendre à l’essai et si tu fais l’affaire pourquoi pas te garder.
— Tu veux bien lui demander pour moi? ai-je demandé, remplie d’espoir.
— Je lui en parlerai demain.
— Merci papa. Je t’aime.
— Je t’aime, ma grande.

Quel réconfort d’entendre ces mots! Papa avait sans doute eu vent de ma récente réputation. Il la désapprouvait certainement, pourtant, il ne me jugeait pas et acceptait mon retour à la maison sans me demander d’explication. Il m’aimait sans condition. Quand je l’ai réalisé, je n’ai pu m’empêcher de pleurer.
Le lendemain, j’ai déposé ma démission au café et mon préavis pour le studio. Quelques jours plus tard, j’ai bouclé mes valises. C’est sans peine que j’ai laissé derrière moi le Tampon pour rejoindre ma famille à la Saline, tournant définitivement le dos à cette partie de ma vie où je m’étais perdue.

Chapitre 27

Un dernier chapitre pour clôturer cette semaine! Bonne lecture. La suite samedi prochain. Bises

27. CŒUR BRISÉ

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Lui

Camille disait s’amuser et elle me faisait bien sentir que je lui avais fait mal. À chaque occasion que nous avions de discuter, elle me laissait entendre qu’elle était allée s’éclater en boîte. Au café, une fois, elle avait fait exprès de dire: «C’est le genre de soirée où tout est permis». Dès qu’un client rentrait dans le café et lui faisait des avances, elle en profitait pour me rendre jaloux.
C’est vrai qu’elle n’avait plus l’air d’une adolescente effarouchée et brutalisée par la vie. Non, elle avait plutôt l’air d’une jeune femme rebelle qui avait soif de liberté. Camille n’aimait pas être contredite, elle avait tant été dirigée par son père, que le contrôle ou l’autorité la faisait sortir de ses gonds. Aussi, comme je lui avais suggéré que nous restions amis et qu’elle profite de la vie, c’était maintenant comme si elle me disait: «Tu voulais que je profite de la vie, eh bien voilà!».

Elle

Je savais que je n’appartenais pas à ce monde-là, mais je n’avais qu’un seul objectif: rendre jaloux Mickaël, lui faire prendre conscience que s’il voulait que je profite de la vie, j’allais le faire et SANS lui. Je ne supportais pas la manière qu’il avait de décider à MA place, j’étais assez grande pour le faire moi-même. Rester amis, pendant je ne sais combien de temps, alors que tous les deux, nous savions pertinemment que nous étions amoureux, ça n’avait pas de sens.
J’enchaînais les fêtes étudiantes, le week-end, comme la semaine. Piscines à balles, alcool à gogo, tenues provocantes, défis, tout était permis. Les filles, bière à la main, n’hésitaient pas à s’embrasser entre elles et à poster la vidéo sur le net pour pousser loin la provocation. Moi, je ne touchais jamais à une goutte d’alcool, j’étais plutôt spectatrice de la soirée.
Un samedi soir, il y a eu le concours de T-Shirts mouillés et Julie m’a poussée vers le groupe pour que j’y participe. Discrètement, je me suis retirée et ma copine m’a fait la tête. Plus tard, deux mecs qui avaient abusé de l’alcool ont commencé à se montrer violents, ils ont insulté les barmaids. Les vigiles sont intervenus et ont viré les gars. Kevin, l’un de nos amis, était en train de danser de façon plus que suggestive avec une blonde en bikini. Devant le show qu’avait été toute cette soirée, je me suis pourtant demandée ce que je faisais là et si mon désir de vengeance en valait le coup. Ne me sentant pas dans mon élément, j’ai mis les voiles. Le lundi, lorsque Mickaël est venu boire son café, je me suis délectée à lui raconter ma soirée du samedi, en prenant soin d’omettre aucun détail sordide. Son visage a changé aussitôt. «Touché!» me suis-je dit.
La semaine s’est ensuite écoulée et j’ai constaté que mon meilleur ami se montrait de plus en plus froid avec moi. Mon plan commençait à fonctionner. Il ne me restait plus qu’à y apporter la touche finale. Une idée de Julie. D’avance, je savourais ma victoire. J’avais fini mon job depuis une demi-heure, alors je me suis assise avec Mickaël pour discuter. Tous deux, nous regardions les gens déambuler sur les trottoirs, sacs à la main. Dans mon cœur, je jubilais car je savais qu’il réagirait d’une façon ou d’une autre à ce qui allait venir.
Julie est entrée la première et s’est assise en face de moi, à côté de notre ancien professeur. Kévin, notre complice, est arrivé peu après et m’a embrassée sur la bouche. Il était parfait pour le rôle de petit ami, il n’en faisait pas trop, juste ce qu’il fallait pour que Mickaël réagisse.

— Alors, t’as bien bossé? a demandé Kévin.
— Oui, la journée a été un peu longue, mais…
— Maintenant que je suis là, tu vas pouvoir t’amuser un peu, m’a-t-il coupé la parole en me faisant un clin d’œil.

Alors qu’on continuait à batifoler sous ses yeux, Mickaël s’est levé en nous disant au revoir. Julie m’a jeté un coup d’œil complice. Le plan avait marché.
Dans la rue, il était là debout adossé à sa voiture. Son visage était déformé par la colère et la tristesse. Je l’ai rejoint et me suis plantée devant lui:

— Ça ne va pas? ai-je demandé d’un air innocent.
— Non. Je ne supporte pas de te voir flirter avec ce mec, a-t-il avoué sans détour.
— Moi non plus, je n’aime pas cela, jouer la comédie. J’ai fait tout ça pour te faire réagir, pour que tu réalises que nous deux c’est une évidence.

Soudain, sur un coup de sang, mon ami m’a embrassée.

— Tu vois, ce n’était pas si difficile, ai-je déclaré fièrement. Au lycée, tu as été pour moi un grand frère durant ma terrible année de terminale, maintenant je te veux dans ma vie comme ami et amant.
— Moi aussi, a-t-il reconnu dans un murmure.
— Viens, lui ai-je soufflé, en m’accrochant à sa main, prise par la peur de le perdre à nouveau.

Les battements de mon cœur se sont accélérés. Jamais, je n’avais été aussi sûre de moi. Mickaël était celui que j’aimais depuis un an maintenant, je désirais tout partager avec lui. Vivre chaque instant en sa présence. Lui donner ce que j’avais de plus précieux sans attendre. Dans la rue, la pluie a commencé à tomber. Nous avons marché rapidement vers mon studio, nous échangeant des regards et des sourires, sans prononcer un mot.
Devant la porte de chez moi, tandis que je l’embrassais avec passion, mes sens ont pris le dessus. Une main dans ses cheveux, une autre sous sa chemise, ses bras qui m’enlaçaient. Le moment me semblait parfait. Nous étions faits l’un pour l’autre. Nos corps se réclamaient. Personne ne pourrait nous séparer. Lui et moi à jamais.

— Camille, je ne peux pas faire ça. Pas comme ça! a finalement dit mon amoureux en repoussant mon étreinte.
— Mais tu m’aimes! ai-je insisté. — C’est justement parce que je t’aime que je me refuse de prendre ta virginité comme ça, c’est trop important, a-t-il continué en me regardant droit dans les yeux.
— Et si moi, je veux te la donner, où est le problème? ai-je rétorqué.

Sur ces mots, j’ai ignoré ses scrupules et pris ses lèvres en otage. Nous nous sommes, une nouvelle fois, embrassés passionnément. Lui aussi avait envie de moi.

— Ça suffit! Nous ne sortons même pas ensemble et tu voudrais que nous couchions aussi facilement? a-t’il demandé.
— Mais je rêve ou quoi?! C’est toi qui joues les chastes! ai-je répliqué indignée.
— Non, j’agis en adulte responsable et si nous devons être ensemble, ce n’est pas de cette façon que les choses devront évoluer. J’ai des principes, je regrette.
— Moi aussi, ai-je dit en larmes.

Le regardant qui s’éloignait, je me sentais de nouveau rejetée. Sous le coup de l’émotion et d’une voix embuée de larmes, je lui ai crié:

— Cette fois, c’est fini Mickaël! Il est trop tard pour revenir. Je n’en peux plus de t’attendre.
— Je crains alors de m’être trompé sur nous. Ce n’est pas comme ça que j’envisageais notre relation. Si tu ne peux pas prendre le temps de construire, je regrette, mais ce ne sera pas possible entre nous.
— Ok, message reçu, c’est fini! ai-je crié en claquant la porte sur lui.

Dehors la pluie tombait. Le bruit des gouttes brisait le silence pesant qui régnait dans la pièce. J’ai sorti ma tête par la fenêtre pour sentir l’odeur de l’averse. Le long de mes joues, de grosses larmes roulaient sur mon visage. Mon cœur était par terre, piétiné par le rejet, alourdi par l’amertume.
«Désormais, je n’ai plus rien à perdre. Il va payer, ai-je pensé. Oui, je me vengerai. Il saura qu’il a eu tort de me laisser partir, il le regrettera toute sa vie.»

Déjà je regrettais de l’avoir aimé.